vocasciences Le média des métiers et des formations scientifiques
Métiers et carrières

Salaire d’un chirurgien par mois : hôpital public, secteur privé et exercice libéral

Combien gagne vraiment un chirurgien par mois selon son statut en France ? Public avec IESPE et gardes, salariat en clinique ou exercice libéral aux revenus très dispersés : repères chiffrés récents, fourchettes réalistes et facteurs clés pour estimer votre “mensuel”.

Salaire d’un chirurgien par mois : hôpital public, secteur privé et exercice libéral

Combien gagne un chirurgien par mois en France ? La réponse dépend surtout du statut : hôpital public, salariat en clinique privée ou exercice libéral. Voici les ordres de grandeur et ce qui fait varier le montant, avec des repères vérifiés et datés.

Hôpital public : un salaire mensuel encadré par la grille des praticiens hospitaliers

À l’hôpital public, un chirurgien titulaire est un praticien hospitalier (PH) à temps plein. Sa rémunération comprend : un traitement indiciaire selon l’échelon, des indemnités (dont l’indemnité d’engagement de service public exclusif, IESPE, si applicable) et des rémunérations de gardes et astreintes.

Depuis la réforme issue du Ségur, les trois premiers échelons ont été supprimés, avec reclassement automatique sur un nouvel échelon d’entrée et versement de l’IESPE dès la période probatoire. Cette refonte rend l’amorce de carrière plus favorable et réduit l’écart avec d’autres statuts contractuels. Les montants précis des émoluments et indemnités des personnels médicaux sont fixés par arrêté, base de calcul pour le brut mensuel et les compléments (gardes, astreintes, activités multiples sites, etc.).

En pratique, le brut mensuel d’un chirurgien PH varie selon l’échelon atteint, l’IESPE et le volume de gardes/astreintes : un senior en fin de grille perçoit sensiblement plus qu’un nouvel arrivé, et un service très posté accroît le total mensuel. Pour mémoire, l’intérim médical en établissement public est, lui, plafonné par jour de 24 h, ce qui borne aussi certains compléments possibles via le remplacement ponctuel.

Secteur privé lucratif : salariat rare et très variable selon la clinique

Dans les cliniques privées commerciales, deux cadres coexistent : le salariat (moins fréquent en chirurgie) et l’exercice libéral avec accès aux plateaux techniques. En salariat, le “salaire d’un chirurgien par mois” n’obéit pas à une grille nationale unique : il relève d’une convention collective et de la négociation locale (fixe + variable lié à l’activité, astreintes, responsabilités). Les écarts sont importants selon la spécialité (orthopédie, viscéral, urologie, cardio‑vasculaire…), l’ancienneté, l’attractivité du territoire et la charge opératoire disponible.

Conséquence : il est pertinent de raisonner en fourchette prévisionnelle plutôt qu’en moyenne nationale. Un poste très opéré avec astreintes valorisées et intéressement pourra dépasser nettement un fixe de base ; à l’inverse, une activité plus limitée ou en démarrage abaissera le mensuel. Les chirurgiens privés étant souvent libéraux, reportez‑vous aussi à la section suivante pour estimer un “équivalent mensuel” de revenus d’activité.

Exercice libéral : revenu d’activité annuel à convertir en équivalent mensuel

En ville ou en clinique en secteur libéral, un chirurgien ne perçoit pas un “salaire” mais un revenu d’activité issu des honoraires, après déduction des charges professionnelles, tel que mesuré par la DREES avec l’appariement Insee‑DGFiP‑Cnam. Ce revenu peut se cumuler avec un salariat partiel (exercice mixte).

Dernière photographie consolidée disponible : année 2021, publiée fin 2024. Pour l’ensemble des médecins spécialistes (hors omnipraticiens), le revenu d’activité moyen s’établit à 127 800 € par an tous secteurs confondus, soit environ 10 650 € par mois en équivalent simple. Les chirurgiens se situent dans le segment des spécialités à revenus élevés, mais avec une forte dispersion : l’écart entre les 10 % les moins élevés et les 10 % les plus élevés atteint un rapport interdécile d’environ 6 parmi les spécialistes, reflet d’activités et organisations très hétérogènes.

Attention au périmètre : ce revenu d’activité est un agrégat avant impôt sur le revenu du foyer et après charges professionnelles, et il intègre le cas échéant une part de salariat pour les médecins en exercice mixte. Il ne doit pas être confondu avec le chiffre d’affaires d’honoraires, ni avec le “net bancaire mensuel” du foyer. Pour approcher un mensuel net personnel, il faut encore soustraire prélèvements sociaux et impôt, propres à chaque situation.

Comment estimer concrètement son “mensuel” en libéral ?

Pour une projection rapide : 1) partez d’un revenu d’activité annuel observé pour votre spécialité et votre secteur d’exercice ; 2) divisez par 12 pour obtenir un équivalent mensuel ; 3) tenez compte des variations locales (plateau technique, file active, autorisations opératoires) et des droits au dépassement en secteur 2 ; 4) affinez avec votre comptable selon vos charges réelles et votre régime d’imposition.

Ce qui fait varier le “salaire d’un chirurgien par mois” dans chaque statut

Hôpital public : l’échelon de la grille, l’IESPE, le volume de gardes/astreintes, les missions spécifiques (responsabilités de service, multi‑sites) et les sujétions particulières. Les textes réglementaires fixent les planchers et les plafonds des composantes indemnitaires, et encadrent aussi l’intérim médical via un plafond journalier.

Secteur privé salarié : la politique de la clinique, la convention collective applicable, l’intéressement lié à l’activité, la pénibilité (nuit, week‑end) et l’offre locale de chirurgie. Un même intitulé de poste peut générer des mensuels très différents selon la programmation opératoire réelle.

Exercice libéral : la spécialité chirurgicale (orthopédie, viscéral, urologie, cardio‑vasculaire, plastique…), le secteur conventionnel (1 ou 2), la densité concurrentielle, la capacité opératoire (blocs, vacations), la saisonnalité, l’ancienneté d’installation et l’organisation (SEL, SCM, secrétariat, délégation de tâches). Les dernières données montrent une progression modérée entre 2017 et 2021 et une dispersion marquée par spécialité et ancienneté.

Repères chiffrés utiles pour se situer

Si vous exercez à l’hôpital public, référez‑vous à votre échelon de praticien hospitalier et vérifiez l’éligibilité à l’IESPE et aux primes associées à vos sujétions ; vos gardes et astreintes feront varier sensiblement votre mensuel. Côté intérim, le plafond par jour de 24 h borne d’éventuelles missions ponctuelles.

Si vous envisagez le libéral, utilisez l’ordre de grandeur des 127 800 € annuels moyens chez les spécialistes comme jalon de départ (année 2021), en gardant à l’esprit que nombre de spécialités chirurgicales se situent au‑dessus, mais avec un écart très large entre praticiens. Converti en mois, cela donne un repère autour de 10 650 € bruts d’activité par mois, avant impôt, à ajuster selon votre spécialité, votre secteur et votre volume opératoire.

Conseil pratique

Avant de négocier un poste ou de vous installer, objectivez votre mensuel cible : listez vos composantes de rémunération (échelon + IESPE + gardes / astreintes au public ; fixe + variable au privé ; panier d’actes en libéral), confrontez‑les aux textes et aux données DREES disponibles pour votre mode d’exercice, puis simulez trois scénarios (bas, médian, haut) ; c’est la meilleure façon d’éviter les déconvenues et d’ajuster votre organisation pour atteindre le niveau visé.

Sources

Ministère de la Santé et de la Prévention : FAQ sur la suppression des 3 premiers échelons de la grille des praticiens hospitaliers : https://sante.gouv.fr/professionnels/gerer-un-etablissement-de-sante-medico-social/fonction-publique-hospitaliere-607/ressources-humaines-les-faq-fiches-pratiques-et-guides/article/faq-sur-la-suppression-des-3-premiers-echelons-de-la-grille-des-praticiens

Légifrance : Arrêté du 8 juillet 2022 relatif aux émoluments, rémunérations ou indemnités des personnels médicaux, pharmaceutiques et odontologiques : https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000046029572

DREES : Revenu des médecins libéraux : une légère hausse entre 2017 et 2021, avec de fortes disparités selon la spécialité et l’ancienneté d’installation (Études et Résultats n°1322, décembre 2024) : https://www.drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-12/ER1322.pdf

DREES (Data) : Les revenus des médecins libéraux, documentation de la source et table de données : https://data.drees.solidarites-sante.gouv.fr/explore/dataset/ods_revenu-liberal-des-medecins-liberaux_prod2022/table/